Atelier « Les universalités muséales dans les grandes métropoles occidentales de XVIIIe à XXe siècle»

17 Novembre, Université de Paris-Nanterre.

Programme

9.30 Accueil
10.00 Sandra Kemp (University of Lancaster et Victoria & Albert Museum) : Présentation du projet et de la journée
1. Les universalités thématiques
10.30 ‘La science, l’exposition spectaculaire en Grande-Bretagne et l’exemple français : les cas de la Loan Collection of Scientific Apparatus de 1876 et l’exposition franco-britannique de 1908’ (Robert Bud, Science Museum)
2. Les universalités muséales : les capitales et les régions
11 ‘Universalités dans la capitale et la province : les musées locaux et la collection en circulation du South Kensington Museum au XIXe siècle’ (Kate Hill, University of Lincoln)
11.30 ‘Le microcosme du Manchester Museum: universalités dans un musée régional’ (Chiara Zuanni)
12.00 Discussion
12.30 Déjeuner
3. Exemples d’universalités métropolitaines : les modèles vers 1900
14.00 ‘Voir le monde à Paris au tournant du XXe siècle’ (François Mairesse, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
14.30 ‘L’impact des modèles européens de musées universels sur les musées d’histoire naturelle de Buenos-Aires’
Irina Podgorny (Museo de La Plata, Argentine)
15 Pause
16.00 ‘Un sanctuaire pour l’art et la science”? Un “(paysage du) musée universel”? Des effets universalisants sur l’île des musées de Berlin du XIXe au XXIe siècle’ (Annette Loeseke, Lecturer in museum studies at New York University Berlin and at the Reinwardt Academy, Amsterdam University)
16.30 ‘Esquisser la «carte» de répartition du monde entre les musées nationaux français: frontières mouvantes et zones de contact’ (Paz Núñez-Regueiro, Musée du Quai Branly – Jacques Chirac)
17.00 Discussion
17.30 Conclusion: ‘Histoires universelles et universalités muséales au XIXe siècle’ (Hervé Inglebert, Université de Paris-Nanterre)

Résumé

Robert Bud

‘La science, l’exposition spectaculaire en Grande-Bretagne et l’exemple français : les cas de la Loan Collection of Scientific Apparatus de 1876 et l’exposition franco-britannique de 1908’

Cette communication se penchera sur l’utilisation d’expositions spectaculaires comme un moyen de rendre publique et actuels en Grande-Bretagne les rêves de la place de la science dans la culture, justifiée par les modèles français. La ‘Loan Collection of Scientific Apparatus’ de 1876 a été organisée par le journaliste et militant Norman Lockyer. Il était à la recherche d’une meilleure reconnaissance publique de la position culturelle de la science et a reposé sur l’autorité et le pouvoir des hommes de science et des ingénieurs d’élite. Stimulés par le développement du CNAM à Paris, ils ont cherché à créer un musée des sciences à Londres ayant une influence équivalente. En six mois, 300 000 visiteurs ont assisté à l’exposition et le succès a mené à la création de ‘The Science Collections’ dans le réorganisé South Kensington Museum pendant les 1880. Trente ans plus tard, Lockyer a de nouveau utilisé une exposition pour promouvoir l’image de la science. En 1908, pour célébrer la nouvelle alliance entre la Grande-Bretagne et la France, une grande exposition anglo-française s’est tenue à Londres. La British Science Guild, qui faisait campagne pour les sciences, dirigée par Lockyer s’est battue pour l’espace dans l’exposition assigné à la science britannique et pour des ressources britanniques, avertissant que les Français feraient autrement apparaître les Britanniques inférieurs. Un grand espace de 1400 mètres carrés a été alloué à la science. En fait, les Français n’ont pas exposé dans cette section, mais les Britanniques l’ont utilisée pour y presser un grand nombre d’expositions systématiquement organisées. L’idée de la concurrence française était aussi puissante que les comparaisons réelles. L’immense exposition comprenait à la fois des instruments du passé tels que l’appareil de Joule et des équipements moderne. En quelques mois, le Science Museum officiel, pour lequel la Guild avait également fait pression, serait fondé.

Robert Bud est conservateur et chercheur au Science Museum de Londres où il travaille à la réalisation d’une monographie sur l’histoire du concept de science appliquée sur une période de deux cents ans. Il fait actuellement partie du comité de gestion du grand projet d’histoire nucléaire HoNESt. Il est titulaire d’un doctorat en histoire et sociologie des sciences de l’Université de Pennsylvanie (1980) et a travaillé au Science Museum depuis lors. Il est l’auteur, le co-auteur et le rédacteur en chef d’une douzaine d’ouvrages dont les plus récents sont les histoires de la pénicilline, de la biotechnologie et de instruments scientifiques. Le projet actuel sur l’histoire des sciences appliquées a conduit jusqu’à présent aux articles dans les journaux History and Technology, History of Science, Journal of Science Communication et le Journal of Political Ideologies. En 2012, il a été Sarton professeur à l’Université de Ghent et il est attaché à titre honorifique à l’Université de Cambridge et au University College London. Au Science Museum, il a été responsable de principales galeries, y compris, dans les années 1980, la chimie industrielle, les plastiques et le pétrole et, plus récemment, d’importants sites Web, y compris Ingenious, Making the Modern World et Brought to Life. En 1996, il a organisé la deuxième SHOT conférence à l’étranger à Londres et a siégé au conseil SHOT. Avec Helmuth Trischler et Bernard Finn, il est le fondateur du consortium Artefacts chargé des études d’objets dans l’histoire de la science et de la technologie. Il est également membre fondateur de l’initiative CASTI pour l’histoire conceptuelle.

Remonter en haut de la page


Kate Hill

Universalités dans la capitale et la province : les musées locaux et la collection en circulation du South Kensington Museum au XIXe siècle

Parallèlement à ses expositions présentant des histoires et des géographies des arts appliqués de plus en plus universelles, le South Kensington Museum a créé une ‘collection en circulation’ pour prêter aux écoles d’art locales, aux musées et aux autres institutions. Ce matériel faisait partie de la vision d’Henry Cole d’un système national intégré d’éducation au design, mais encodait aussi des idées sur la nature des lieux qui n’étaient pas la capitale, et les types de connaissances particularisées, non universelles qui leur convenaient. Alors que la ‘collection en circulation’ devenait de plus en plus intéressé aux musées régionaux et moins intégrée à l’enseignement du design, les débats au sein du South Kensington Museum lui-même, et entre les musées régionaux et le South Kensington Museum, prenaient des positions différentes sur le rapport entre capitale et province, et entre connaissances locales et pratiques vis à vis connaissances universelles et transcendantes. Les musées régionaux se sont opposés à leur positionnement au un niveau inférieur, et ont insisté sur le fait que leur but était de fournir des connaissances au même niveau, sinon toujours à la même échelle, que les musées des capitales. Le South Kensington Museum y voyait un objectif hasardeux qui ne pouvait aboutir qu’à de l’incohérence – l’échelle, en termes de dimension, d’ampleur des collections et d’emploi d’experts, était la clé pour affirmer l’universalité.

Dans cette communication, j’examinerai ce que ces débats révèlent sur la compréhension et la pratique de l’universalité dans les musées de la fin du XIXe siècle, et le lien particulier qui a été créé à cette époque entre l’universalité et les capitales culturelles. Je suggérerai que lorsque l’universalité a été associée à la capitale nationale, les connaissances pratiques et particulières ont été déclassées par l’association avec la province.

Kate Hill enseigne histoire à l’Université de Lincoln et a étudié et publié de nombreuses publications sur les musées locaux et régionaux, les collections et les attitudes envers le passé en Grande-Bretagne au XIXe siècle. Ses livres comprennent Culture and Class in English Public Museums 1850-1914 (Ashgate 2005), Museums and Biographies, Boydell and Brewer 2012), et Women and Museums 1850-1914 (Manchester University Press 2016). Elle est co-rédactrice en chef du Museums History Journal et présidente du Museums and Galleries History Group.

Remonter en haut de la page


Chiara Zuanni

‘Le microcosme du Manchester Museum: universalités dans un musée régional’

La communication se concentrera sur l’étude de cas du Manchester Museum afin de comprendre comment les réseaux mondiaux de la ville industrielle et les idées d’universalités ont informé ses pratiques de collection, ses expositions et son interprétation.
Au XIXe siècle, la ville était au centre de la révolution industrielle; en même temps, des sociétés savantes et des personnalités réformatrices étaient à l’origine du développement de ses musées. Le Manchester Museum est né du musée de la Manchester Natural History Society, qui fut fondé en 1825 et transféré en 1867 au Owens College (le prédécesseur de l’université de Manchester). La communication va explorer comment les taxonomies sous-jacentes aux expositions du Musée de la Société sur Peter Street reflétaient les préoccupations encyclopédiques contemporaines et elle examinera le réaménagement qui a suivi le déménagement au Owens College. Là, William Boyd Dawkins a planifié l’exposition selon une séquence évolutive de la nature aux cultures humaines. Cependant, ce schéma a été rapidement perturbé par l’expansion des collections, en particulier d’égyptologie, conduisant à une série de galeries organisées par disciplines.
En retraçant l’histoire des expositions à travers des dépliants, des revues dans la presse, des guides et des comptes rendus, la communication approfondira comment ces transformations et la présentation des collections lors d’événements temporaires ont influencé les expériences et les idées des visiteurs sur les universalités et les frontières disciplinaires. Je suggèrerai que diverses universalités ont été dessinées, créées et utilisées pour communiquer les valeurs des collections à la population de Manchester.

Chiara Zuanni était l’assistant postdoctoral sur le projet «Histoires universelles et musées universels». Elle a étudié classiques et archéologie à l’Université de Bologne et a un doctorat en muséologie de l’Université de Manchester. Elle a été boursière à l’Institut of Cultural Capital (University of Liverpool et Liverpool John Moores University). Ses recherches passées et actuelles portent sur le rôle des musées dans la construction et la médiation du savoir dans la sphère publique.

Remonter en haut de la page


François Mairesse

‘Voir le monde à Paris au tournant du XXe siècle’

De quels moyens les Parisiens disposaient-ils pour appréhender le monde au tournant du XXe siècle ? Par-delà les livres ou les revues, les musées, les lieux d’exposition et les expositions universelles jouent alors un rôle considérable pour révéler le lointain et évoquer le monde dans son ensemble. Cette intervention visera à présenter, après avoir évoqué quelques institutions créées durant les siècles précédents (les principaux cabinets puis la création des musées révolutionnaires) et utilisées à cette fin, l’organisation générale des différents lieux qui, autour de 1900, s’offrent au flâneur parisien ou au visiteur de passage afin de lui révéler l’univers. En cette année inaugurant le XXe siècle, Paris se présente comme la plaque tournante du monde, à travers son exposition universelle. Cette offre temporaire évoquant les réalisations de plusieurs dizaines de pays vient s’ajouter à l’offre muséale existante présentant, à travers le Louvre (principal Universal Survey Museum, selon les termes de Wallach et Duncan) mais aussi les musées de la Marine, d’Artillerie, d’Ethnographie, etc., une vision du monde à travers ses liens avec la France.

Remonter en haut de la page


Irina Podgorny

L’impact des modèles européens de musées universels sur les musées d’histoire naturelle de Buenos-Aires et La Plata

Cela fait déjà presque 30 ans que Susan Sheets-Pyenson, dans son „Cathedrals of Science: The Development of Colonial Natural History Museums during the Late Nineteenth Century”,proposait de comprendre les musées d’histoire naturelle de l’Amérique Latine, Canada et Océanie dans le cadre de l’expansion du modèle architectonique et institutionnel des musées européens du fin du 19e siècle. Son travail, en mettant les musées « en réseau », montrait les échanges entre eux et aussi le rapport entre l’établissement des musées et le développement de l’industrie et de la vente des objets pour les beaux-arts, l’éducation, l’enseignement et les arts libéraux.

En prenant les cas du Musée Public/National de Buenos Aires (1823) et du Musée de La Plata (1884), cette communication revisite cette idée et montre les modèles architectoniques et institutionnels en jeu dans les différents moments de l’histoire des musées argentins (relation avec l’enseignement universitaire, organisation des sections, nature des collections -universelle, régionale, nationale, locale). Ensuite, elle montre que, loin de s’agir d’un « impact européen direct », les musées argentins (comme les brésiliens, mexicaines, etc.) sont le résultat des hybridations permanentes et de la concurrence au niveau régional pour avoir le musée le plus moderne.

Irina Podgorny travails aux Museo de La Plata, Argentine, et elle est actuellement John Carter Brown Library Fellow.

Remonter en haut de la page


Annette Loeseke

‘Un sanctuaire pour l’art et la science”? Un “(paysage du) musée universel”? Des effets universalisants sur l’île des musées de Berlin du XIXe au XXIe siècle’

Cette communication aborde les principaux changements muséologiques qui ont façonné l’île aux musées de Berlin au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Explorant les rôles de l’historiographie et des disciplines académiques émergentes ainsi que les intérêts politiques, sociaux et économiques des différentes parties prenantes, la communication discute les différentes motivations derrière l’expansion des collections et l’érection de nouveaux bâtiments de musée. Je me concentrerai particulièrement sur les différents concepts historiographiques et muséologiques du Altes Museum qui ouvrit en 1830 et présenta les collections royales d’antiquités et de peintures, et le Neues Museum qui fut terminé en 1855 et abritait à l’origine la collection préhistorique, la collection ethnographique et la collection égyptienne, entre autres. Discutant comment ces approches historiographiques changeantes et leurs respectives architectures, décorations et présentations ont interagi, la communication explore en particulier les expositions historicisantes et contextualisantes du Neues Museum et les effets «égyptisants» de ses peintures murales originales du XIXe siècle, aujourd’hui restaurée. Comment le Neues Museum a-t-il présenté ses récits transitoires sur le musée universel à son public ? Comment pourrions-nous décrire l’image(de soi) institutionnelle que le musée a développée au fil du temps et qui (implicitement) brille à travers l’architecture, les décorations et les expositions? Dans quelle mesure les expositions du Neues Museum reflètent-elles de manière critique l’histoire institutionnelle du musée et les façons dont les changements historiographiques et muséologiques ont façonné les récits du musée et la discipline de l’égyptologie ? – Considérant l’histoire de l’île aux musées, la communication aborde aussi brièvement les motivations historiographiques et politiques actuelles derrière la décision de reconstruire l’ancien palais royal-impérial de Berlin à son emplacement historique sur l’île aux musées, et de conceptualiser le futur Forum Humboldt à l’intérieur du palais comme un “centre de la culture mondiale”.

Annette Loeseke travaille comme chargée de cours en muséologie à la New York University à Berlin et comme conférencière externe en études des visiteurs à la Reinwardt Academy de Amsterdam University of the Arts. Elle a étudié l’histoire de l’art et la gestion culturelle dans les universités de Fribourg, Munich, Paris et Londres. Elle a un doctorat en histoire de l’art de l’Université de Bonn, Allemagne.

Remonter en haut de la page


Advertisements